Sécurité en voyage solo : ce que j'ai appris en 47 pays et 8 ans de route
Autrice : Inès Moreau · Publié le 12 mars 2025 · 6 min de lecture
Catégorie : Guide pratique · Tags : sécurité voyage solo femme, voyager seule en sécurité, conseils sécurité voyageuse, solo trip sécurité, femme seule voyage
On me pose toujours la même question. Au dîner de famille, au bureau, dans les soirées. "Tu n'as pas peur, toute seule ?" La réponse courte : non. La réponse longue : j'ai peur parfois, mais la peur est un outil, pas un mur. En 47 pays et huit ans de voyage solo, j'ai appris à écouter ma peur sans la laisser décider pour moi. Voici tout ce que je sais.
Commençons par le plus important : le monde n'est pas dangereux
Je sais que cette phrase va en choquer certaines. Mais c'est ma conviction la plus profonde, forgée par l'expérience, pas par la naïveté. La grande majorité des êtres humains, partout dans le monde, sont bienveillants, ou au minimum indifférents. Les agressions graves contre des voyageuses solo sont statistiquement rares. Les médias amplifient le danger parce que la peur fait cliquer.
Cela ne veut pas dire qu'il faut être imprudente. Cela veut dire que la prudence ne doit pas devenir de la paranoïa. La différence entre les deux, c'est ce que cet article essaie de tracer.
Si vous préparez votre premier voyage seule, ne laissez pas la peur vous arrêter. Informez-vous, préparez-vous, et partez.
L'instinct : votre meilleur système d'alarme
Avant les applications, les gadgets et les protocoles, il y a l'instinct. Cette sensation diffuse dans le ventre qui vous dit que quelque chose ne va pas. Après huit ans de route, je peux vous affirmer ceci : chaque fois que j'ai ignoré mon instinct, je l'ai regretté. Chaque fois que je l'ai écouté, même quand ça semblait irrationnel, j'ai eu raison.
Quelques exemples concrets :
- —À Bogotá, un chauffeur de taxi a pris un itinéraire que je ne reconnaissais pas. Mon instinct m'a dit de descendre. J'ai demandé à m'arrêter, fermement, et je suis sortie à un carrefour animé. Peut-être qu'il prenait juste un raccourci. Mais je n'avais pas à le vérifier.
- —À Marrakech, un homme très insistant voulait me "montrer le chemin" vers ma riad. J'ai dit non trois fois, puis je suis entrée dans un café bondé et j'ai attendu qu'il parte. Il est parti. Ce n'était probablement qu'un guide officieux. Mais mon malaise était réel, et c'était suffisant.
- —À Naples, un appartement Airbnb avait une serrure qui ne fonctionnait pas correctement. J'ai annulé, j'ai pris un hôtel. Le confort de la sécurité vaut toujours plus que le prix d'une nuit.
La règle : si quelque chose vous met mal à l'aise, vous avez le droit de partir. Sans explication. Sans politesse. Sans culpabilité.
Comment évaluer un quartier en 10 minutes
Quand j'arrive dans une nouvelle ville, avant même de poser mon sac, je fais un scan rapide du quartier autour de mon hébergement. Voici ce que je cherche :
- —La présence de femmes seules. Des femmes qui marchent seules, qui font leurs courses, qui attendent le bus. Si les femmes locales sont dans la rue, c'est un bon signe.
- —L'éclairage. Les rues sont-elles éclairées le soir ? Y a-t-il des zones d'ombre continues ?
- —Les commerces ouverts. Des épiceries, des pharmacies, des restaurants : autant de refuges potentiels si vous avez besoin d'aide.
- —L'ambiance générale. Des gens qui traînent avec un regard insistant, ou des gens qui vaquent à leurs occupations ? La différence est palpable.
- —La distance aux transports. Êtes-vous à distance de marche d'une station de métro ou d'un arrêt de bus fréquenté ?
Ce scan prend dix minutes et vous évite des heures d'anxiété.
L'hébergement : les non-négociables
En huit ans, j'ai dormi dans des auberges de jeunesse, des riads, des capsule hotels, des Airbnb et des palaces. Quel que soit le budget, certaines règles ne changent pas :
- —Vérifiez la serrure. Si elle ne fonctionne pas correctement, signalez-le immédiatement. Si on ne la répare pas, partez.
- —Chambres en étage. Jamais au rez-de-chaussée si les fenêtres donnent sur la rue et n'ont pas de barreaux.
- —Les avis récents. Pas les avis d'il y a deux ans. Les avis des trois derniers mois, en filtrant ceux écrits par des femmes seules.
- —La réception 24h/24. Dans les pays où je me sens moins en confiance, c'est un critère de sélection.
- —Localisation. Je paie plus cher pour être dans un quartier central et vivant plutôt que dans un quartier résidentiel isolé, même si la chambre est plus belle.
Mon réflexe en arrivant : je repère les sorties de secours, je note l'adresse exacte de l'hôtel dans mon téléphone (en alphabet local si nécessaire), et je partage ma localisation avec une personne de confiance.
Les applications indispensables
La technologie ne remplace pas l'instinct, mais elle le complète. Voici les applications que j'ai sur mon téléphone en permanence :
- —Maps.me : cartes hors ligne, indispensable quand vous n'avez pas de réseau. Je télécharge la carte de chaque pays avant d'atterrir.
- —Noonlight (ou bSafe) : application de sécurité qui alerte les services d'urgence locaux si vous maintenez un bouton pressé puis le relâchez. Fonctionne dans la plupart des pays.
- —Google Translate : la fonction appareil photo qui traduit les panneaux en temps réel a sauvé plus d'une situation.
- —Uber/Grab/Bolt : les VTC avec trajet tracé et identité du chauffeur sont toujours plus sûrs que les taxis de rue dans les pays où la régulation est faible.
- —WhatsApp : pour rester en contact avec vos proches. J'envoie ma localisation en direct à ma soeur chaque soir.
La sécurité de nuit : mes règles personnelles
La nuit est le moment où la vigilance monte d'un cran. Pas par peur, mais par pragmatisme. Voici mes règles, celles que je m'impose à moi-même :
- —Je rentre en VTC, pas à pied, si la distance dépasse dix minutes de marche dans une ville que je ne connais pas bien.
- —Je ne bois pas au point de perdre le contrôle. Deux verres, rarement trois. Ce n'est pas du puritanisme, c'est de la gestion du risque.
- —Je garde mon téléphone chargé. Toujours. Ma batterie externe est dans mon sac à main, pas dans ma valise à l'hôtel.
- —Je choisis des bars et restaurants vivants, pas les endroits déserts qui ont l'air "authentiques" mais où je serais la seule cliente.
- —Je fais confiance à l'instinct de sortie. Si l'ambiance d'un lieu change (trop d'alcool autour de moi, regards insistants, malaise diffus), je pars. Même si j'ai commandé. Même si je n'ai pas fini mon verre.
Les arnaques les plus courantes (et comment les éviter)
En huit ans, j'ai été arnaquée exactement quatre fois. Chaque fois, c'était par excès de confiance, pas par manque de méfiance. Voici les schémas récurrents :
- —Le faux taxi : quelqu'un qui se présente comme chauffeur de taxi à l'aéroport sans compteur ni licence visible. Solution : commandez un VTC depuis l'application, ou allez au comptoir de taxis officiel à l'intérieur de l'aéroport.
- —Le "cadeau" forcé : on vous met un bracelet, un bouquet, un foulard dans les mains, puis on exige un paiement. Solution : gardez les mains dans les poches ou dites "non" fermement sans vous arrêter.
- —Le change truqué : un bureau de change de rue qui annonce un taux incroyable puis vous rend moins que prévu avec des tours de passe-passe. Solution : utilisez les ATM des banques connues, point final.
- —Le guide autoproclamé : quelqu'un qui vous accompagne "gratuitement" puis exige une compensation. Particulièrement fréquent à Marrakech, au Caire, et dans certaines villes d'Inde. Solution : déclinez poliment mais fermement dès le départ. "Non merci, je préfère me promener seule."
Si quelque chose tourne mal
Malgré toute la préparation du monde, il peut arriver que vous vous trouviez dans une situation difficile. Voici le protocole que je me suis construit :
- —Allez vers les gens. Entrez dans un commerce, un restaurant, un hôtel. La présence d'autres personnes est votre première protection.
- —Faites du bruit. Si vous vous sentez suivie ou menacée dans la rue, parlez fort, criez si nécessaire. L'attention publique est votre alliée.
- —Appelez plutôt que textez. En cas d'urgence, un appel (même à un proche à l'autre bout du monde) est plus dissuasif qu'un SMS silencieux.
- —Connaissez les numéros locaux. Le 112 fonctionne dans toute l'Europe. Ailleurs, notez le numéro de la police locale et de l'ambassade de France avant d'arriver.
- —Contactez l'ambassade. En cas de vol de passeport, d'agression, ou de tout problème grave, l'ambassade ou le consulat français peut vous aider. Inscrivez-vous sur Ariane (le fil d'Ariane du ministère des Affaires étrangères) avant chaque voyage.
Les documents à préparer
Avant chaque départ, je prépare un dossier numérique (dans un cloud sécurisé, pas uniquement sur mon téléphone) contenant :
- —Scan du passeport et de la carte d'identité
- —Numéros de carte bancaire et numéro d'opposition
- —Attestation d'assurance voyage (et le numéro d'appel 24h)
- —Coordonnées de l'ambassade de France dans le pays de destination
- —Itinéraire partagé avec une personne de confiance
- —Ordonnances médicales si vous prenez un traitement
Le mot de la fin : la peur n'est pas votre ennemie
La peur est un signal, pas une sentence. Elle vous dit de faire attention, pas de rester chez vous. En 47 pays, j'ai eu peur peut-être une dizaine de fois. Vraiment peur, pas le petit frisson d'inconfort qui accompagne toute nouveauté. Dix fois sur des milliers de journées de voyage. Le reste du temps, j'ai rencontré de la gentillesse, de la curiosité, de l'hospitalité, et une humanité partagée qui transcende les frontières.
Le monde n'attend pas que vous ayez surmonté toutes vos peurs pour vous accueillir. Il vous accueille telle que vous êtes : prudente, préparée, et merveilleusement vivante.
Partez. Faites attention. Et revenez me raconter.
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